Montréal, ville d’empires (1800-2000)
Cette programmation scientifique porte sur une période de deux siècles (1800-2000) et posera un regard inédit sur l’histoire de Montréal en tant que lieu d’enchevêtrement d’empires. Nous nous intéressons au double statut de cette ville, comme colonie et métropole, et à la manière dont sa trajectoire historique est intimement liée à celle de différents empires formels ou informels (français, britannique, américain, canadien/québécois).
La programmation proposée s’articule autour de trois axes qui traitent chacun d’une dimension centrale de la question, soit : Colonialismes, Mobilités et migrations et Capitalisme. Elle s’inspire des travaux critiques de théoriciens qui se sont penchés sur le concept d’empire, tout en apportant une contribution significative à l’historiographie portant sur le Canada, le Québec et Montréal.
Établie sur des territoires autochtones non cédés, Montréal est le centre des activités commerciales depuis les origines de l’occupation européenne, tout en servant de porte d’entrée vers les territoires de l’intérieur. Notre premier axe, « Colonialismes », s’intéresse à Montréal à la fois comme espace de colonisation et comme lieu stratégique de la mise en œuvre du projet d’expansion coloniale euro-canadien vers les territoires de l’Ouest, du Nord et de son « hinterland » québécois.
Les projets regroupés au sein de l’Axe 2, « Mobilités et migrations », se pencheront sur l’impact de la géographie, du pouvoir et des structures des empires sur les flux migratoires, les expériences de mobilité et les mouvements de population à Montréal au cours des XIXe et XXe siècles. Cet axe vise à situer la métropole dans l’évolution des dynamiques mondiales des migrations internationales et à étudier son rôle comme carrefour de la circulation des personnes, des capitaux, des biens, des savoirs et des idées.
Enfin, notre troisième axe, « Capitalisme », rassemble des projets qui situent Montréal au cœur d’un vaste empire commercial, industriel et financier. Nous tenterons de comprendre les aspects distincts de cet empire du capital, de ses tentacules qui s’étendent à travers la province, le Canada et le monde, mais aussi de sa dynamique interne au sein de l’environnement urbain. Ainsi, nous nous intéressons aux modalités de la structuration et du développement des empires, ainsi qu’à leurs rapports aux projets colonialiste et capitaliste, et aux migrations volontaires ou forcées qu’ils provoquent et qui alimentent leurs besoins.
Notre approche se caractérise par l’étude des structures et des institutions, des discours et des pratiques, mais aussi par l’analyse des rapports de pouvoir (notamment de race, de genre et de classe), du rôle des acteurs sociaux, de leur capacité d’agir (agentivité), de leurs réseaux, de leurs stratégies et leur vie quotidienne. Cette programmation mettra en lumière comment le capitalisme, le colonialisme et les régimes migratoires ont perpétué diverses hiérarchisations sociales étroitement liées aux projets impérialistes, notamment à travers la racialisation des peuples autochtones et des personnes migrantes. Nous serons attentifs aux réactions des populations locales (autochtones ou euro-canadiennes) face à l’empire et aux projets capitaliste et colonialiste, ainsi qu’à la manière dont elles y résistent et aux outils qu’elles utilisent pour le faire.
